Rapatriement en cours du premier groupe de réfugiés burundais du Rwanda

27 August 2020: A partir du 27 août, le rapatriement du premier groupe des réfugiés burundais rentrant du Rwanda est sur le point de démarrer. Dans cet article, notre expert local de la consolidation de la paix provenant du Burundi* analyse la division qui entoure le processus de rapatriement, et pourquoi c'est une étape importante vers la réinsertion pacifique des réfugiés.

* L'auteur est un acteur pour la paix burundais qui souhaite garder l'anonymat en raison de la situation sécuritaire dans son pays.

Un accord tripartite entre le Burundi, le Rwanda et le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) pour le rapatriement des réfugiés burundais se trouvant sur le sol rwandais a finalement été trouvé le 13 août. Il a fallu deux semaines d’âpres discussions pour parvenir à un compromis. D’après Elise Villechalane, chargée de la communication au HCR Rwanda, le premier groupe de rapatriés devrait regagner le Burundi d’ici le 27 août. 

Le processus intervient dans un contexte tendu. Un groupe de 331 réfugiés basés au camp de réfugiés de Mahama situé au sud-est du Rwanda a adressé fin juillet une pétition au président Ndayishimiye pour qu’il leur assiste dans leur volonté de regagner leur patrie.

 « Nous vous demandons, Excellence Mr le président de la République du Burundi, de nous rapatrier dans la dignité et la légalité en tant que vos enfants. Nous avons fui le 3ème mandat, il n’est plus d’actualité, la crise politique n’est pas là. Les manifestations ou le mouvement insurrectionnel ont été maitrisés. Donc rien ne peut justifier que nous restions en exil avec toutes ces conditions de vie intenables », lit-on dans cette pétition.

Réagissant à cette demande, le nouveau chef de l’État burundais a accusé le Rwanda d’empêcher les Burundais de retourner dans leur pays natal et de spéculer sur leur sort comme « une hypothèque ». Dans un discours prononcé lors d’une descente à Busoni, province Kirundo frontalière avec le Rwanda, le Président Ndayishimiye a en outre indiqué que son pays n’aura pas de relations avec « un État hypocrite » qui prend en otage des réfugiés et qui héberge des malfaiteurs.

Le nouveau chef de l’État burundais a accusé le Rwanda d’empêcher les Burundais de retourner dans leur pays natal et de spéculer sur leur sort comme « une hypothèque »

Des accusations fortement rejetées par Kigali. S’exprimant devant la presse, le chef de la diplomatie rwandaise a déclaré que « ces informations sont absurdes et ne reflètent pas la réalité », ajoutant que Kigali est disposé à prendre part aux efforts visant à garantir un retour digne des réfugiés burundais dans leur pays natal, en coopération avec le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Un rapatriement certes de la discorde…

Au sein de la communauté des réfugiés, ce rapatriement divise.  Si les signataires de ladite pétition se disent impatients de fouler le sol natal, la plupart des réfugiés sont sceptiques.

Emmanuel Bizimana, un des signataires a déclaré sur les ondes de la radio BBC Grands Lacs : “nous avons pris le temps de s’informer sur la situation qui prévaut au pays et on nous dit que la sécurité est bonne. Même si elle n’est pas garantie à 100%, elle s’est nettement améliorée par rapport à 2015”. Il affirme que la décision d'écrire une pétition a été motivée par le fait que certains s’expriment au nom de tous les réfugiés que le moment de rentrer n’est pas encore venu sans leur demander leur avis.  

Cette envie de rentrer chez eux n’est toutefois pas partagée par l’ensemble des réfugiés. Une bonne partie ne compte pas répondre à l'appel à rentrer au pays lancé par Evariste Ndayishimiye. Une inquiétude justifiée par les récents propos tenus par le président Burundais à Busoni. Il a affirmé que son gouvernement ne cherchera pas à se lier d'amitié avec un pays qui abrite les ennemis de son pays et détient en otage des réfugiés burundais.

Pour eux, le président Ndayishimiye a failli à la promesse faite lors de sa cérémonie de prestation de serment en juin dernier de faire rentrer tous les réfugiés pour œuvrer à la réconciliation nationale. En outre, il serait en train d'attiser les conflits dans la région des Grands Lacs au lieu de rétablir les bonnes relations avec les pays voisins. Ils souhaitent des garanties tangibles, pas de simples paroles, avant d’envisager leur retour.

Pour eux, le président Ndayishimiye a failli à la promesse faite lors de sa cérémonie de prestation de serment en juin dernier de faire rentrer tous les réfugiés pour œuvrer à la réconciliation nationale

Un retour en toute sécurité

La perspective d’accueillir les milliers de réfugiés se trouvant au Rwanda a fort réjoui Gitega, d’autant plus que le nombre de demandeurs serait en hausse. Selon une source gouvernementale tout le nécessaire est en train d’être mis en œuvre pour un rapatriement digne et dans de bonnes conditions du premier groupe attendu au courant de cette semaine. Les rapatriés seront abrités temporairement aux sites de Songore (province Ngozi) et Kinazi (province Muyinga) avant d'être acheminés sur leurs collines d’origine.

Le gouvernement rwandais affirme de son côté qu’il est prêt à faciliter le retour, en toute sécurité et dans la dignité, des réfugiés qui choisissent de rentrer chez eux, et à protéger ceux se trouvant encore sur son territoire. Même son de cloche au niveau du HCR Rwanda qui se dit prêt à assister tout réfugié qui demande volontairement de rentrer et de fournir un support logistique, y compris le transport, l'aide alimentaire et les médicaments.

Ce rapatriement représente une étape importante vers le retour de milliers de réfugiés exilés depuis 2015. C'est aussi le premier retour massif de réfugiés du Rwanda. Jusqu'à présent, la plupart des réfugiés qui rentrent venaient de Tanzanie. Tous ceux qui rentrent doivent être assurés que leur sécurité sera garantie et auront accès à leurs terres et autres biens. Leur intégration réussie dans leurs communautés encouragera ceux qui se trouvent encore dans des camps de réfugiés à travers la sous-région et sera un indicateur d'un contexte politico-sécuritaire qui se normalise progressivement, quelques mois après l’élection de Ndayishimiye.

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