07 October 2020: Plongé depuis plusieurs mois dans une crise sociopolitique, le Mali a enregistré son quatrième coup d'État le 18 août 2020, suite à une mutinerie de soldats qui a conduit à la démission du président Ibrahim Boubacar Keita. Notre expert local en consolidation de la paix, Boubacar Thera, revient sur cet événement, ses causes profondes et ses ramifications dans le processus de paix malien.

Un bouleversement politique 

La journée du 18 août 2020 a été marqué par des vives tensions suite à une mutinerie des soldats dans un camp militaire à Kati (une ville située à 15 km de Bamako) aux environs de 08h du matin. Les dernières informations de l’après-midi confirmées aux environs de 16h font cas de l’arrestation du Président de la République M. Ibrahim Boubacar Keita et son Premier ministre, Boubou Cissé, qui ont été tous les deux détenus par les mutins. Juste avant minuit, le Président de la République a fait une brève apparition à la télévision nationale déclarant sa démission, celle du gouvernement et la dissolution de l’Assemblée nationale, entrainant la prise du pouvoir par les militaires. 

Depuis plusieurs mois, le Mali est confronté à une pluralité de menaces à la sécurité nationale – criminalité sous toutes ses formes, rébellion récurrente depuis l’indépendance, extrémisme violent et terrorisme, conflits communautaires, économie criminelle et mauvaise gouvernance

Pendant plusieurs semaines après le coup d’Etat, le pays reste sans gouvernement et sous la sanction de la CEDEAO qui a suspendu le Mali de ses organes de décision et procédé à la fermeture des frontières de l’ensemble de ses Etats membres avec le Mali ce qui n’est pas sans conséquence sur la situation socioéconomique du pays. Dès le lendemain du coup d’Etat, les militaires putschistes ont pris le pouvoir et mis en place un Comité national pour le salut du peuple (CNSP) 

Un pays confronté à de nombreuses crises

Depuis plusieurs mois, le Mali est confronté à une pluralité de menaces à la sécurité nationale – criminalité sous toutes ses formes, rébellion récurrente depuis l’indépendance, extrémisme violent et terrorisme, conflits communautaires, économie criminelle et mauvaise gouvernance. S’ajoutent celle-ci les multiples grèves des syndicats des différents corps d’enseignants, de santé, de la police, des magistrats ainsi que la pandémie du COVID-19 qui est venue exacerber la situation auxquelles le régime de Ibrahim Boubacar Keita a eu du mal à faire face. 

De manière significative, le coup d’Etat intervient après plusieurs mois de bras de fer avec un mouvement de l’opposition dénommé « Mouvement du 5 juin- Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP) » qui a organisé plusieurs manifestations publiques demandant la démission du Président sous l’influence de l’imam Mahmoud Dicko, ancien président du Haut conseil islamique qui en est le principal initiateur depuis le 05 juin 2020 à travers son mouvement politique CMAS (Coordination des mouvements, associations et sympathisants de Mahmoud Dicko). D’autres manifestations ont suivi celles du 05 juin, notamment celle du 19 juin et du 10 juillet dont la dernière a été la plus sanglante qui a occasionné une dizaine de morts du côté des manifestants. 

Pour l’instant, tous les regards sont tournés vers la négociation en cours entre la junte militaire et la CEDEAO pour un levé rapide des sanctions et la reprise des activités économiques avec la réouverture des frontières.

Pendant ce temps, les activités économiques sont au plus bas de leur croissance dans tous les secteurs qui sont majoritairement informels dont les conséquences ne tarderont pas à avoir de répercussions économiques graves sur les populations déjà fragilisées par la crise politique, institutionnelle, sécuritaire, sanitaire et économique. Pour l’instant, tous les regards sont tournés vers la négociation en cours entre la junte militaire et la CEDEAO pour un levé rapide des sanctions et la reprise des activités économiques avec la réouverture des frontières. 

Vers une voie de transition 

Les organisations de la société civile ont fait montre de leadership au cours de la période où les acteurs locaux de la paix ont joué leur partition dans le débat national au cours des concertations nationales, organisées du 10 au 12 septembre sous l’égide du CNSP ayant conduit à l’adoption d’une charte pour la transition pour une période de 18 mois. Les délégués venus de Bamako et de l’intérieur du pays ont réussi à faire intégrer leur proposition d’adoption d’un pacte de stabilité sociale comme un des trois axes prioritaires de la feuille de route de la Transition politique, à savoir le renforcement de la sécurité sur l’ensemble du territoire national, le lancement du chantier des réformes politiques et institutionnelles et l’adoption d’un pacte de stabilité sociale. 

Malgré l'impasse actuelle, un grand nombre de la population espèrent voir des changements fondamentaux pour un nouveau Mali

En effet, la priorité N° 3  du projet de feuille de route de la Transition concernant l’adoption d’un pacte de stabilité sociale prévoit les actions suivantes : 

  • L’ouverture de débats sur les questions de société comme le rôle et le statut des autorités coutumières et religieuses, la question de la pratique de l’esclavage ainsi que le statut de la femme ; 
  • La mise en place d’une commission pour relancer le dialogue avec les groupes extrémistes violents ; 
  • Le règlement des tensions et conflits communautaires à travers l’établissement de dialogues entre les communautés, le redéploiement des forces de défense et de sécurité et la dissolution effective de toutes les milices d’auto-défense. 

Parallèlement à cela sur le terrain, la plupart d’OSC continuent leurs activités en s’adaptant au contexte national peu favorable. Malgré l'impasse actuelle, un grand nombre de la population espèrent voir des changements fondamentaux pour un nouveau Mali. 

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