Au Mali, l’AJCAD construit la paix au cœur des communautés
JEUNESSE, PAIX ET SECURITE EN ACTES DANS LE SAHEL
Dix ans après l’adoption de l’agenda Youth, Peace and Security (YPS) par les Nations Unies, les jeunes leaders du Mali demeurent engagés pour relever les défis communs auxquels ils continuent à faire face. Guidés par les mêmes principes que cet agenda, ils sont aujourd’hui des milliers à fédérer leurs actions au sein de l’Association des Jeunes pour la Citoyenneté Active et la Démocratie (AJCAD Mali). Ils sont réunis autour de ce même but et, surtout, persuadés d’une évidence : la paix ne se construit pas uniquement dans les sphères politiques ou diplomatiques, mais au cœur des communautés, là où les conflits se vivent au quotidien.
L’atmosphère dans lequel l’AJCAD Mali est lancée en 2014 justifie la ferveur de ses membres à atteindre des résultats palpables sur le terrain. En effet, depuis 2012, le pays traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire contemporaine. Coups d’État successifs, insécurité persistante, expansion des groupes armés, conflits intercommunautaires et déplacements massifs de populations ont profondément fragilisé le tissu social du pays. La violence armée, combinée à la pauvreté, à l’exclusion et à la défiance envers les institutions, a laissé des cicatrices durables dans les communautés, en particulier chez les jeunes et les femmes.
Dans ce contexte de crise prolongée, la jeunesse aurait pu être emportée par le désespoir, la colère ou l’inaction. Elle est pourtant devenue, contre toute attente, l’un des piliers les plus solides de la résilience collective. Souvent perçus comme vulnérables ou à risque, de nombreux jeunes Maliens ont choisi un autre chemin : celui de l’engagement citoyen, du dialogue et de la construction de la paix au niveau local.
DE LA CRISE À L’ACTION CITOYENNE : LA NAISSANCE D’UN ENGAGEMENT POUR LA PAIX
C’est dans ce climat de bouleversements profonds qu’est née, il y a plus de dix ans, l’AJCAD Mali. Fondée par de jeunes leaders convaincus que la démocratie, la citoyenneté active et la participation politique sont des leviers essentiels de paix durable, l’organisation s’est progressivement imposée comme un acteur majeur de la prévention des conflits et de la cohésion sociale.
À ses débuts, l’AJCAD Mali était une initiative modeste, portée par une poignée de jeunes déterminés à refuser la fatalité. « Nous étions seulement 20 personnes. Aujourd’hui, nous sommes plus de 20 000 personnes », révèle Adam Dicko. Elle est la Directrice Exécutive d’une association devenue, plus de dix ans écoulés, un mouvement structuré, implanté dans de nombreuses régions du pays, capable de toucher des milliers de jeunes, de femmes et de leaders communautaires.
Cette décennie n’a pas été linéaire. Elle a été marquée par des crises répétées, des chocs politiques, une insécurité persistante et des restrictions croissantes de l’espace civique. Pourtant, loin de décourager l’engagement, ces défis ont renforcé la conviction des jeunes de l’AJCAD Mali : la paix ne peut être importée ni imposée, elle doit être construite de l’intérieur, par celles et ceux qui en ont le plus besoin.
« Si nous ne prenons pas notre place, personne ne le fera pour nous », martèle Adam Dicko.

LES CLUBS D’ACTION CITOYENNE : PRÉVENIR LES CONFLITS AU NIVEAU LOCAL
Au cœur de la stratégie de l’AJCAD Mali se trouvent les Clubs d’Action Citoyenne (CLAC). Présents dans de nombreuses communes, notamment en zones rurales, ces clubs rassemblent des jeunes formés à la citoyenneté active, au dialogue communautaire et à la redevabilité démocratique.
Les membres des CLAC partagent une compréhension commune : la paix ne se décrète pas, elle se construit au quotidien, à travers des pratiques concrètes de transparence, d’écoute et de participation inclusive.
L’exemple de la commune rurale de Kaladougou, située dans la région de Dioïla, illustre parfaitement cet impact. Pendant plusieurs années, la défiance des habitants de la commune envers les élus locaux avait conduit à un effondrement du recouvrement des taxes. Les populations étaient réticentes à contribuer car elles disaient ne pas savoir où allait leur argent.
En organisant des journées de redevabilité, les jeunes ont recréé la confiance. Pendant ces rencontres de transparence, les maires rendent compte publiquement de la gestion des affaires locales, favorisant une adhésion plus large à la fiscalité locale. Le taux de recouvrement est passé de 23 % à 56 %, traduisant une dynamique de paix locale fondée sur la confiance.
GUÉRIR LES BLESSURES INVISIBLES : FEMMES, VIOLENCES BASEES SUR LE GENRE, ET RÉSILIENCE
La paix durable implique la réduction des violences structurelles, notamment celles touchant les femmes. À travers le projet She Leads, l’AJCAD Mali a mis en place 44 espaces sécurisés dans les villes de Bamako et Ségou. Ces espaces sont devenus des incubateurs de résilience et de médiation communautaire, garantissant à leurs membres un environnement de libre expression et sans risque physique. Elles y tiennent des activités éducatives sur les enjeux relatifs à la promotion du leadership féminin en faveur de la paix et la cohésion sociale.
Le superpouvoir de She Leads réside dans la formation et la sensibilisation des filles et femmes sur des thématiques telles que le leadership féminin, les violences basées sur le genre (VBG) et le harcèlement. La magie s’opère lorsque celles qui ont bénéficié d’une mutation positive deviennent à leur tour des vectrices de changement dans leurs communautés. Elles apprennent à se prendre en main, à surmonter les blocages sociaux pour développer des initiatives de paix durable autour d’elles.
ÉDUCATION, MÉMOIRE ET CITOYENNETÉ
L’ignorance est un terreau de violence. L’AJCAD Mali a reconnu cette réalité dans sa stratégie. C’est pourquoi elle s’attelle à cultiver le savoir pour en faire un outil vers une paix durable. Son Centre Citoyen de la Jeunesse (CIJES), dédié au renforcement des compétences des jeunes, participe à la matérialisation de cette idée. Le Centre élabore et déroule des programmes de renforcement de capacités sur la paix et d’autres thématiques. Le mécanisme est déployé au plus près des communautés à travers des Centres Citoyens Communautaires (3C), chargés d’animer des séances de formations de proximité.

La paix et le développement passeront par un engagement citoyen autour des valeurs démocratiques. Les équipes de terrain de l’AJCAD Mali s’emploient à travers le pays à traduire cette conviction en impacts concrets. En 2018, par exemple, plus de 300 000 citoyens ont été accompagnés pour l’obtention de leur carte NINA1, transformant l’accès au vote en acte de paix. Cette prouesse est le résultat d’une vaste campagne d’assistance citoyenne organisée dans les régions de Kayes, Sikasso, Ségou Mopti, Kati et le District de Bamako pour mobiliser les jeunes à participer activement aux échéances électorales.
LA JEUNESSE MALIENNE, ARCHITECTE D’UNE PAIX DURABLE
L’image ci-dessous saisit un instant au cours duquel des femmes déplacées internes du Mali prennent part aux causeries éducatives organisées dans leur camp. Mises en place dans le contexte d’un projet « Benkadi » (« Bonne entente » en langue Bambara), ces causeries ont pour but de renforcer la confiance, le respect mutuel et le vivre-ensemble au sein de communautés dans lesquelles vivent ces femmes.

Pendant des mois, ces femmes ont été alphabétisées et ont acquis les compétences nécessaires pour développer leur autonomie, leur permettant une meilleure implication dans la communauté. Ces femmes ont été renforcées sur les thématiques de consolidation de la paix, de cohésion sociale, de prévention et gestion des conflits.
Mieux informées, plus sûres d’elles, ces femmes jouent aujourd’hui un rôle clé dans la prévention et la gestion des conflits au sein de leurs communautés. C’est à elles que le chef de village local fait appel pour réconcilier les personnes en conflit. C’est un exemple parmi tant d’autres de victimes de la crise sécuritaire passé acteurs et actrices de paix.
Plus de dix ans après sa création, l’AJCAD Mali demeure une lueur d’espoir. Incarnant l’esprit du YPS, elle démontre, selon Adam Dicko, qu’ « une paix durable doit être portée par ceux qui vivent les conflits au quotidien ».